Pourquoi
ce black-out ? Pourquoi 4 ans avant de sortir votre quatrième… Parce que
j'étais devenu un malingre de circonstance qui traîne sa carcasse dans les bas-fonds
de Paname pour discourir et asséner la rengaine sur que dalle, enfin un bluesman
à la pleurniche torrentielle, quoi. " Ouais, il me faut du flouze, du magot, beaucoup-beaucoup
de caillasse sinon rien pour pondre mon nouveau film… et patati patata, vas-y
que je te gonfle avec deux ou trois imbécillités notoires…". Ben, ouais,
pour mystifier les faiseurs de mastodonte, il faut jouer du cliché ; sinon à leurs
yeux bienveillants on stagne et on frise avec le rafistolé. Et
vous êtes satisfait de cette VALSE DES GROS DERRIERES ? C'est du névralgique
que de faire émerger un cinéma djabi loin des clichés. Vous savez, ce film a vu
le jour dans la foulée de MAMA ALOKO en 2000. Le scénario était écrit 8 ans auparavant,
bien avant mon premier film BARBECUE - PEJO. Il avait fait le tour de toutes les
productions sur la place et chacun y allait de sa science : " il y a matière à
grand film… L'enjeu dramatique est léger, anecdotique… Les personnages ne sont
pas suffisamment caractérisés… Pensez-vous sérieusement que le public français
est prêt à voir des héros récurrents africains à la télé… ". Les godelureaux de
la gamberge s'épuisaient dans une foultitude de lieux communs pour exister au
travers de mon petit scénario… Vous savez, même après 4 longs métrages, je reste
une façade mazoutée à qui le blanc se sent une obligation d'inculquer les rudiments
de la dramaturgie, donc de la décence. Le nez crochu est très fort, c'est une
ONG ambulante qui détient la vérité, à qui on n'l'a fait pas, qui tente en permanence
une OPA vicieuse sur l'intelligentsia noire, et qui veut que le nez aplati hume
la même mélasse que lui… Enfin bref, j'ai fait le film que je pouvais faire, avec
les moyens dont je disposais, et avec des gens passionnés qui étaient prêts à
se lancer dans cette aventure humaine sans le sou. Pour le moment, c'est presque
une torture que de bosser avec ODOUTAN. Mais les choses vont littéralement changer
dans un avenir très proche. Et
cet avenir proche, est-il rose ou morose ? Moi, je suis d'un naturel optimiste
et je n'entrevois tout que sous l'angle de l'allégresse. Pendant ces deux dernières
années, j'ai organisé avec mes droits d'auteur de BARBECUE - PEJO et de DJIB,
QUINTESSENCE -Festival International du Film de Ouidah- qui est une modeste manifestation
culturelle destinée aux analphabètes du 24 image/seconde du Bénin et de la sous-région
subsaharienne. J'ai concrétisé avec joie quelques rêves de bambin : construire
une salle de cinéma dans une région riche historiquement, mais démunie de tout,
Ouidah, qui fut le plus grand comptoir de la traite du bois d'ébène, qui est réputé
aujourd'hui encore comme étant le fief du vaudou, renfermant un temple des pythons
et d'autres merveilles non encore homologuées. J'ai mis sur pied des ciné-goûters
et des cinés-dîners qui sont la phase itinérante de ce festival, QUINTESSENCE
ITINERANT, qui consiste à projeter en plein air, pendant 10 mois, des films francophones
dans les écoles, les collèges, les universités, les orphelinats, les villages
reculés, etc. Je suis d'ailleurs soutenu dans cette aventure revigorante par l'Agence
Intergouvernementale de la Francophonie. Ce qui dénote du sérieux de l'entreprise.
Et puis, lors de la première édition du festival, nous avons posé la première
pierre de L'I.C.O (Institut Cinématographique de Ouidah) qui est une école de
cinéma calquée sur la plus grande école française de cinéma, la FEMIS. Et cette
année, lors de la seconde édition, nous avons posé la première pierre de la Cinémathèque
de Ouidah et du Centre de Ressources Documentaires de Ouidah. Eh, ben oui, c'est
un devoir pour moi le réalisateur béninois le plus connu aujourd'hui sur la planète
terre d'inculquer la science de l'image et du son à mes compatriotes. Mon rêve
de moujingue traînard dans les rues de Cotonou finira par se concrétiser : que
le Bénin connaisse de grands réalisateurs et des Grands-Quelqu'uns. Et la voie
est toute tracée… Si, j'ai quelques regrets, mais pas de remords. Et
que deviennent vos fabuleux projets qui sont sur votre site : www.45rdlc.com ?
Je suis en finition de mon premier documentaire sérieux : REFUGIES OGONIS A OUIDAH,
qui retrace la vie des 5000 réfugiés nigérians de la communauté des Ogonis qui
sont des laissés pour compte depuis 1996 et qui mènent une vie des pas enviables
à Ouidah et dans sa région. Et je vais commencer bientôt le montage d'un autre
documentaire : ABIKOU, qui permet aux non-initiés de cerner un pan du vaudou à
Ouidah. Et votre album
de reggae saï-saï, Reviens au bercail, ma caille ? En
mixage. Je n'ai pas encore de maison de disque. Mais je vais m'y atteler incessamment
sous peu. Et au cas où j'essuierai un énième refus, je retournerai roupiller allègrement
au bercail à Ouidah. Entretien
réalisé par un journaliste définitivement inconnu au bataillon. |